1482 km
C’est la distance qui sépare
Hambourg de Bordeaux, ma ville d’origine.
Ca fait loin. Très loin. Trop loin
?
La distance, ce n’est
jamais quelque chose qui m’a gêné jusqu’ici. J’ai
déjà vécu bien plus loin, et pour le coup, c’est tout un
océan et encore un bout de continent qui me séparait de Bordeaux.
Mon maximum, ca a été 8 mois complets sans revenir en
France.
Depuis presque 4 ans que je vis à
Hambourg, j’ai toujours bien tenu le coup, sans me sentir
loin de mes racines. Je suis rentrée trois fois par ans chaque
année plus une visite par an à Paris pour les amis qui sont
là-bas.
Pour ces dernières vacances de Noel,
je n’avais jamais autant eu envie de rentrer dans ma campagne
bordelaise. La dernière fois, c’était à Pâques. J’avais
certes été à Paris 3 jours en Octobre, mais bien que ce soit la
France, ce n’est pas pareil que « la maison », celle
qu’on a quittée pour faire nos études, où on est revenu le
temps de trouver un boulot, et où on revient toujours avec plaisir,
accueilli comme l’enfant prodige. LA maison,
quoi.
Ca faisait donc environ 7 mois sans
y être retourné. Presque mon record, mais pas tout À fait. Mais
cette fois, depuis le moment de l’achat de mon billet
d’Avion trois mois avant, j’étais super impatiente. Et
là, patatra ! Le jour J arrive enfin. Vacances de Noel. Yeah !
Bagages enregistrés, security check passé, duty free shopping
validé, devant la porte d’embarquement. Sauf que là, le choc
: on nous annonce 1 :40 de retard au décollage. Bye, bye ma
connexion à Amsterdam. Je ne serai pas à la Maison ce soir.
Rebooking pour le lendemain via Paris : arrivée prévue à 14 :15.
Quasi un jour de retard. Ma déception est immense. Les larmes
montent et je me retrouve à pleurer au comptoir Air France-KLM-Sky
Team. Pourtant, je ne suis vraiment pas le genre à voir la larme
facile, surtout en public. Enfin, je suis finalement bien arrivée
le lendemain en terres bordelaises, sous le soleil, et toute
heureuse d’être enfin à « la maison » !
Du coup cet épisode, ca
m’a fait me questionner. Je suis vraiment heureuse à
Hambourg. J’aime ma vie ici, mes amis, la ville, mon
boulot. Tout va vraiment bien pour moi.
La France me manque-t-elle plus
qu’avant ? Pourquoi ?
1) Mon
boulot.
J’ai atteint mon objectif de
travailler en allemand. Avant, je bossais pour la France donc, bien
que la langue avec les autres collègues soient l’allemand, la
France et le français étaient mon quotidien. On papotait aussi bien
avec ma collègue française. Et il faut bien avouer que bosser 99%
du temps en allemand et en anglais, c’est pas tous les jours
simple. Je m’en rends d’autant plus compte quand je
peux parler avec un client français ou écrire un mail dans ma
langue. De ce fait sûrement aussi, mon cercle d’amis est
devenu beaucoup plus francophone qu’il y a 1 ans ou
2.
2) La bonne
nourriture (le manque de).
Je ne m’y fais pas. On ne
trouve rien ou alors à prix d’or. Oubliez les bonnes
charcuteries (coppa, Serano, Aost, Bayonne, panchetta, rosette), le
fromage, le rayon desserts, les bons croissants, le rayons
biscuits, enfin tous les rayons en fait. Même les coquillettes ca
n’existent pas en Allemagne, c’est dire ! Les grands
supermarchés n’arrivent même pas à la cheville d’une
moyenne surface française, ni même d’une épicerie de quartier
qui a encore bien plus de bons produits et de choix. Non,
franchement, ca pèse sur le moral au bout d’un moment. En cas
de déprime, il y a heureusement les sites web comme
lafranceadomicile.com où vous pourrez trouver un peu de réconfort
avec des petits beurres de Lu, une Tisanière et de la crème Mont
Blanc.
3) Le
soleil.
J’adore Hambourg. Mais le
manque de luminosité ! Du coup, on finit par se sentir tout bête,
ébahi, quand on voit du soleil. « Oh ? C’est quoi ? Quelle
est cette sensation étrange et pénétrante ? Oooh ! Le soleil !!! »
J’essaie de comprendre que les gens soient renfermés et
parfois aigris. Avec toute une vie d’un temps pareil, on
finit par ne plus leur en vouloir. Que faire d’autre alors à
part rester en ermite chez soit, sortir seulement si c’est
prévu minimum deux semaines à l’avance (histoire de se
préparer psychologiquement à devoir braver le froid et la pluie au
lieu de rester au chaud à mater un DVD avec un Minztee) ou boire,
autant qu’il faut pour oublier qu’il fait froid et
qu’il pleut. On n’y peut rien, c’est chimique.
Manque de vitamine D et excès de mélatonine. D’ailleurs, dès
qu’il y a du soleil, les gens commencent à vous parler
spontanément dans le bus ou dans la rue : non, non, vous
n’hallucinez pas !
Enfin heureusement,
il y a quand même des raisons qui font qu’on tient le coup.
Et même plus, qu’on choisit de vivre au 53°33’Nord
plutôt qu’au 44°49’ Nord !
1) Le
boulot.
J’ai un boulot qui me plait
beaucoup, un CDI avec un salaire qui me permet de vivre bien, même
si je ne roule pas sur l’or et qu’une grosse partie
part en impôt. J’ai moins de vacances qu’en France. 40h
et pas de RTT. Mais je peux prendre mes vacances dès que je
commence un job (pas de bizutage du style « pas de vacances la
première année ») et personne ne me fera de remarque sur mes heures
d’arrivée et de départ du moment que je fais mon boulot. La
pause déj est courte (45 min en général), mais du coup la journée
de travail moins longue. Il est permis de partir à 17h sans se
sentir coupable de quoi que ce soit ou se faire juger ou regarder
de travers. Ca c’est bien !
2) TV5
monde.
Merci d’être là ! Quel bonheur
de voir du français à la télé, le journal, des films et de bons
docus ! Les films en version française au ciné sont devenus rares.
Il ne reste guère qu’Abaton sur Hambourg qui passe encore des
OmU pour les quelques films francais qui franchisent le Rhin.
Enfin, on vient d’avoir « Intouchables » (« ziemlich beste
Freunde »), qui est génial, et « the Artist » va sortir (film muet,
mais français !). Mon séjour en Allemagne se prolongeant, je
commence à reluquer vers les offres de chaînes françaises sur le
câble. Une amie va faire l’essai, donc j’attends son
feedback.
3)
L’ambiance.
J’adore le fait que les gens
ne râlent pas en permanence. Ca finit par m’énerver en France
au bout d’un moment. D’un côté, je trouve ca génial que
les gens ne se laissent pas faire et aspirent toujours à quelque
chose de mieux. Beaucoup de pays nous envient cet esprit «
révolutionnaire » et ils ont bien raison. J’aime bien
l’ordre qui règne en Allemagne et cet esprit discipliné, un
peu dur certes, mais les choses fonctionnent bien. Le manque de
flexibilité qui en découle me rend parfois folle. Rien n’est
parfait ! Mais soyons clairs : si je ne supportais pas ce système,
je ne serais pas là aujourd’hui. Je pense aussi que ca me
fait davantage apprécier les « travers » des Français (moi incluse
!). Ils ont du bon au fond, ces travers.
Je pourrais bien sûr étendre
à l’infini la liste des pours et des contre. Là n’est
pas le but. Je n’en suis pas à faire une plus/moins pour
savoir si j’ai pris la bonne décision. Je sais que je suis
heureuse de mes choix et que je referais le même chemin si
c’était à refaire. Oui, il a plein d’autres routes
possibles, que je rejoindrai peut-être un jour. Oui, la France me
manque et l’éloignement doit se gérer au mieux. Mais je suis
définitivement bien là où je suis, dans ma vie perso, dans mon
boulot, à Hambourg, en Allemagne 

jeu 16 fév 2012 05:43














