Encore plus quand on vit à l'étranger, la
question de la nationalité et du sentiment d'appartenance nationale
est un thème auquel on est confronté quotidiennement. Ne serait-ce
que parce qu'on est défini en premier par les autres par notre
nationalité.
Je suis française. C'est ce qu'il y a
écrit sur la carte d'identité. C'est aussi la base de ma
culture. Ca, c'est facile à dire et personne ne se pose trop de
question en énonçant une telle affirmation. Mais qu'est-ce qui fait
que je suis française au fond ?
Bon, je peux me référer à la liste des critères
« tu sais que tu es français en
Allemagne quand » et là, les situations sont
tellement véridiques, que je ne peux qu'aboutir à la conclusion que
je suis bien française.
En même temps, comme j'en ai déjà parlé dans mon
article « OMG ! Ich werde
Deutsche », il me faut bien arriver à l'évidence
qu'il y a certaines choses qui ne sont pas ou plus tout à fait
typiquement françaises chez moi. La France est mon pays et je me
sens chez moi en France. Mais chez moi, c'est aussi Hambourg et
l'Allemagne. À cela s'ajoute le temps passé aux États-Unis qui m'a
aussi changé. A chaque fois que j'ai remis les pieds à New York,
j'ai eu ce sentiment d'être à la maison. Et quand je suis en
contact avec des Américains pour le boulot, j'ai cette partie de
moi qui refait surface.
Et ce matin, je tombe sur un article de Libé
annonçant que notre cher ami Claude Guéant ne souhaite pas
changer la loi d'attribution de la binationalité. Vite
fait en passant, c'était une idée poussée par une frange
nationaliste de l'UMP et, oh ! surprise ! le FN. Ben vous
m'en direz tant ! Mais bon, Clauclau ne souhaite quand même
pas frustrer cette base d'électorat, donc il a insisté sur le fait
que les critères d'obtention de la nationalité française allait
être « plus exigeants ».
Premier critère : les
aspirants à la nationalité française devront avoir un niveau en
français d'un élève de troisième. Le tout est de savoir ce qu'on
entend par là, car quand on voit le niveau de français de nombreux
bacheliers, je pense qu'il ne resterait plus grand monde si on
devait retirer la nationalité à tous ceux qui ne maitrisent pas la
langue française correctement !
Deuxième critère :
« épouser le style de vie français ». Intéressant !
C'est quoi le style de vie français en fait ? Avoir un béret,
un foulard rouge et un t-shirt rayé marin dans sa garde robe, boire
du vin rouge, manger des croissants le matin avec un café, porter
sa baguette sous son bras, vouer un culte à la nourriture et à
l'art de vivre, rouler en Renault/Peugeot/Citroën, inviter ses
voisins pour l'apéritif au moins une fois par semaine, ne jamais
sortir de chez soi en pyjama ou survêtement, faire une pause
déjeuner de deux heures minimum... Sachant que le plat favori des
français est le couscous, je crois que nous avons tous du souci à
nous faire sur notre « francitude » (rien que le fait que
je me permette d'utiliser ce mot me vaudrait sûrement d'être
recalée pour le critère numéro 1 !).
Troisième critère : avoir
« bien intégré nos principes républicains les plus
fondamentaux ». Facile ! Liberté, égalité, fraternité.
Dites ! Dites ! J'ai juste ?? La Marseillaise ?
Je la connais par cœur en playback ! Comment ca le
troisième couplet ? Allez ! Même les sportifs ils ne la
connaissent pas tous la Marseillaise. Et puis quand on voit les
performances de certains bleus, vous n'allez pas me dire que c'est
leurs résultats sportifs qui les ont repêchés sur
celle-là !
Et du coup la question se pose :
pourquoi certains doivent mériter une nationalité et
d'autres l'avoir tout cru sans rien faire ? C'est
vrai, qu'a-t-on fait de si exceptionnel pour avoir la chance de
devenir français ? La réponse est dans la question : on a
juste eu de la chance. Et quand on n'a pas eu les bonnes cartes
dans la vie, il faut se donner drôlement du mal pour faire un
double six et sortir de la case « prison », oh
pardon !, « centre de rétention » je voulais
dire...
Etant étrangère en Allemagne et pourtant
européenne, je comprends déjà bien ce que ca fait quand on sent
qu'on n'est pas vraiment intégré. Même en parlant bien la langue,
en travaillant dans une entreprise allemande, en ayant des amis
allemands, on reste un étranger. Ce qui me frappe en Allemagne,
c'est paradoxalement le nombre de gens qui ne sont pas nés en
Allemagne qui vivent ici. J'ai des collègues d'Inde, d'Afghanistan,
d'Afrique du Sud, de Chine, de Turquie et de bien d'autres pays du
globe. Je connais des Allemands originaires de Pologne, de Russie,
du Kazakhstan. Ils ont mon âge et sont arrivés enfants en
Allemagne. En France, j'avais le cas de figure de Français nés en
France dont les parents ou grands-parents avaient immigré.
Evidemment, l'Allemagne est un peu plus dans la merde côté natalité
et côté main d'œuvre car il y a encore pas mal d'activités
qui nécessitent de la main d'œuvre nombreuse et pas trop
chère, donc ils ont besoin de gens de l'extérieur, hier comme
aujourd'hui.
Mais cela ne résout pas notre question :
qu'est-ce qui définit notre identité
nationale ? Bien sûr il y a l'histoire du pays, son
esprit, ses valeurs, sa langue. Mais n'importe quelle liste de
critères ne saurait suffire à définir absolument notre identité
nationale. Pour la bonne raison qu'une nation se nourrit de
la diversité de ses membres. Je vous retournerais donc la
question: pour vous, c'est quoi qui fait que vous êtes
français ?
Je vous laisse en vous recommendant un film
qui annonce mon prochain thème sur la nationalité allemande et la
germanité. Film drôle et plein d'émotion sur plusieurs générations
d'une famille turque émigrée en Allemagne :
Almanya. Pour info, le film repasse à
l'Open Air Kino de Millerntor ce
mois-ci.